Cette année-là, cette exposition mémorable,  tout à fait extraordinaire par son importance et sa magnificence réserva, comme il se devait, un " Pavillon de Cristal " à nos poupées et jouets français.  Comme vous le savez, la S.F.B.J. créée l'année précédente en 1899, avait réalisé la fusion de bon nombre de grandes signatures des fabricants dont Jumeau, Bru, Steiner, Gaultier et beaucoup d'autres.

C'était donc un cheval de bataille destiné à mieux lutter, l'union faisant la force, contre l'invasion des poupées et jouets allemands inondant le marché mondial et notamment français à des prix très compétitifs.



D'ailleurs le 1er étage de la Section Allemande de l'Esplanade des Invalides était occupé par une industrie très florissante outre-Rhin : celles des Jouets et Poupées : Les grands centre étaient Nuremberg et Furth  - pour la Bavière - et Sonneberg pour la Thuringe.

Mais il y avait donc bien encore des poupées françaises qui vivaient toujours sous le nom prestigieux de leurs créateurs, restes d'un énorme stock bien sûr, poupées encore superbes à tous égards mais ne portant pas encore la signature de la S.F.B.J., donc, en aucun cas nouvelles en 1900.

Les organisateurs de l'Exposition demandèrent à Monsieur Léo Clarétie qui, avec son épouse, collectionnait jouets et poupées, de mettre en oeuvre et en scène une présentation des plus beaux d'entre eux, certains très anciens n'ayant de " jouets " que le nom, véritables trésors.


Monsieur Henri d'Allemagne, dont la collection personnelle était tout à fait extraordinaire, autorisa le prêt de bon nombre d'entre eux, pièces uniques et sans prix ( cette collection fut hélas ventilée m'a-t-on dit au cours des années 70 à Drouot, dans l'indifférence générale et à des prix dérisoires.....ainsi va la vie d'un travail de chercheur éminent ......).
Il ne faut donc pas nous étonner que les journaux et magazines de l'époque, comme notamment  " l'Illustration "  ou encore " le Journal de la Jeunesse ", nous racontent l'histoire et refont l'historique de certains jouets ou poupées des XVII ou XVIII èmes siècles et même d'avant, du moyen âge, de Rome ou d'Athènes.




Histoires fabuleuses, objets d'une folle richesse, d'un coût exorbitant, d'un goût merveilleux, destinés aux enfants royaux ou à ceux des dames de la cour auxquelles ils étaient souvent offerts comme cadeaux de naissance, ce qui permettait à l' accouchée, souvent très jeune - les princesses étaient mariées très tôt - d'en profiter aussi, plus peut-être que de leur propre nouveau-né, héritier rapidement déposé entre les mains expertes d'une nourrice de renom

Pourquoi avoir fait ce choix du passé ? Probablement bien sûr parce que la poupée française se mourait d'avoir été trop belle, trop riche, trop chère, injustement inaccessible à la très grande majorité des enfants et des familles.

Le Journal de la Poupée Modèle et sa charmante Mignonnette commençaient eux aussi à défaillir. Outre qu'ils étaient chers eux aussi et qu' une bonne partie des dites mignonnettes étaient des Simon & Halbig d'origine germanique....!
Cet abonnement s'adressait là encore à une élite   fortunée, hautement bourgeoise dans laquelle la lingère pouvait guider les petites mains inexpertes ou se substituer à elles, les vêtements très petits étant décourageant de difficultés !



Ceci ne veut pas  dire que le jouet français abordable, le jouet pour jouer, n'existait pas.

 C'était le plus souvent un jouet de bois tourné ou en composition, fabriqué en Auvergne ou dans le  Jura. 
Et puis les poupards dont nous vous avons déjà parlés, que les enfants pouvaient laisser tomber sans danger ou traîner derrière eux d' une main sur le trottoir ou dans le caniveau proche.
Beaucoup de charme simple, pas cher, résistant, solide, bref peu digne d'une exposition universelle de cette importance.



 




Les très belles, trop belles poupées avaient vécu et étaient devenues, à juste titre, des pièces extraordinaires de musée ou de collections privées prestigieuses.
Poupendol a longtemps cherché des documents contemporains de cette très prestigieuse Exposition.
Finalement,  outre l'article du Journal de la Jeunesse qui fit l'objet de la 43ème communication du 19 Avril 1999  du Cercle Privé de la Poupée, il a eu la    chance de pouvoir se procurer l'album spécial de l'Illustration sur cette remarquable manifestation. Les images que vous voyez sont d'ailleurs extraites de cet article.



                                                  Hélène BUGAT-PUJOL






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10.02.08