En Juillet 1998, le CERCLE PRIVE DE LA POUPEE sortait pour ses adhérents une communication consacrée aux poupées  "France " et " Marianne ". En 2002, POUPENDOL créé par ces mêmes auteurs, mettait en ligne cet article remanié. Mrs Faith Eaton, aujourd'hui décédée, conservatrice du Musée de Windsor,  en eut connaissance. Elle nous demanda ( par l'intermédiaire de Mme Barbara Spadaccini, alors conservateur du Musée des Arts Décoratifs de Paris ) de lui procurer toute documentation sur le sujet en vue d'un livre qu'elle projetait d'écrire. Ce qui fut fait - bénévolement bien sûr,- sauf pour les tirages photographiques dont les originaux ne nous appartenaient pas.
  Ce livre, magnifique, sorti en anglais aux éditions " Royal Collection Enterprises Ltd, St james Palace London SW1A 1JR ",   reprend  en noir et blanc,   la totalité de ce que nous lui avions fourni plus une publicité en couleur. Il est venu nous remercier, dès sa parution, enrichi de superbes photos couleurs que nous n'avions pas, bien sûr, mais qui , pour quelques unes, viennent aujourd'hui compléter le site d'origine que nous avons repris et amélioré pour le plaisir de tous.

Bonne visite !


  Bien souvent - en Grande Bretagne - nous limitons nos visites à celles des principaux Musées de poupées londoniens. Il reste un projet qui certainement comblerait les passionnés : la visite de la petite maison édifiée en Pays de Galles, entre les deux guerres, dans le parc du Château de Windsor, aux deux cinquièmes de la grandeur nature d'un "cottage gallois", c'est à dire proportionnée à la taille des petites princesses Elizabeth et Margaret-Rose, avant guerre. Toutes les poupées et le mobilier assorti qui leur étaient offerts en différentes circonstances y étaient logés sur les conseils de leur grand'mère la Reine Mary.

  Le Roi et la Reine étaient venus en visite officielle en France en 1937. Leurs deux petites princesses, trop jeunes, restèrent en Grande Bretagne. Pour les consoler de leur absence, un quotidien français de l'époque " Le Journal " organisa à leur intention une gigantesque souscription auprès des petites filles françaises afin de leur offrir un très beau cadeau.
 

 

De très beau, ce cadeau s'avérera somptueux. En effet, cette initiative se transformera vite en... «une vaste opération publicitaire pour les couturiers, fourreurs, joailliers, modistes, fabricants de chaussures, de lingerie, d'accessoires, etc., enchantés, à juste titre de faire parler d'eux.»... ( Archives de la Mode,  Éditions Michèle TRINCKVEL).

 Les fonds déjà recueillis -plus d'un million de francs de l'époque ! - furent remis à l'Îuvre d'Entraide des Femmes de France, tandis que des centaines d'ouvrières des Grandes Maisons se mettaient au travail pour habiller deux poupées prénommées "France" et "Marianne" dès qu'elles furent prêtes, la tête, les mains et les pieds ayant été fabriqués sur maquettes. Elles furent accompagnées d'une gigantesque garde-robe et d'une multitude d'objets sur lesquels nous reviendront.

 

Vue partielle du trousseau exposé. Ce document, malgré sa qualité médiocre , montre l'extraordinaire diversité de celui-ci

Commençons par les deux poupées :

  Nées dans une grande usine de poupées, la S.F.B.J., Marianne et France - d'après François Theimer,( Polichinelle 1993, page 131) mesurent 90 cm., leur nuque porte gravé le numéro de moule 306, le sigle UNISFRANCE et la date 1938. (A noter que Madame BRISTOL, dans son livre "Poupées",Éditions Gründ ,1997, page 90, indique qu'elles mesuraient toutes les deux 79 cm et que l'exemplaire commercial avait une hauteur de 51 cm. - Par ailleurs, Mesdames Coleman, dans le Tome 2 de leur The Collector's Encyclopedia of Dolls, écrivent, page 1093, que les têtes en biscuit des poupées offertes étaient marquées "JUMEAU//PARIS //PRINCESS" , et page 595, que les modèles commerciaux, avaient une hauteur de 18 et 32 in., soit 45,50 et 81 cm.). A vérifier sur place !

  «Elles ont la taille bien marquée, des jambes fines, mais de larges épaules ; elles ressemblent aux jeunes filles modernes qui pratiquent les sports.Elles ont les mains mobiles comme des mains vivantes. Et d'habiles manucures ont poli leurs ongles roses. Mobiles également sont leurs yeux et leurs paupières ornées de vrais cils élégamment recourbés. Marianne est blonde avec de grands yeux bleus rêveurs; France est brune et elle a de jolis yeux noirs pétillants de malice.» (Semaine de Suzette, n° 38 du 18 Août 1938, page 188).

  D'après le Monde Illustré-Miroir du Monde de 1938, France serait blonde aux yeux noirs et Marianne, brune aux yeux bleus.....Là encore à vérifier sur place ! Un détail fourni par Madeleine CHAPSAL, filleule de Madeleine VIONNET, chaque poupée était dotée d'un cœur mécanique qui battait et représentait celui de la France. (Déjà EFFan BEE proposait en 1928, une «Heartbeat Baby»dont le cœur émettait un cliquetis. (Cf. "Poupées" O.Bristol, op.cit. page 39). 

  A noter que la S.F.B.J. produisit pour les fêtes de fin d'année des poupées d'après le même moule (306 ), mais réduites de moitié (45 cm), accompagnées de quelques pièces de trousseau. On peut voir un exemplaire de chacune d'elles au Musée de la Poupée de PARIS.

  Mais l'intérêt de cet événement ne réside pas tant dans la création de ces poupées. Celles-ci bien que très soignées et de finition parfaite, n'ont pas un charme particulier. C'est leur merveilleux trousseau qui fascine. Absolument fabuleux par son importance et sa diversité.






   Heureuse époque de l'Artisanat Français qui , en la circonstance, a donné du travail à des centaines d'ouvriers toutes corporations confondues. Chacun travaillait en tenant compte des différentes heures du jour : robes d'écolière, mais aussi somptueuses robes de bal, cartables mais aussi sacs du soir, costumes de sport, -de tous les sports- et vêtements de nuit, bref tout y est, y compris les bijoux ornés de vraies pierres et de vraies perles; même des gants enfermés dans des écrins de peau de chamois, chaque paire s'harmonisant avec une robe. Des toilettes absolument complètes pour chaque événement de la vie : le soir, la Cour, les voyages, les sports, l'école, le quotidien de luxe. Sans oublier les objets de toutes sortes : éventails, nécessaires à cheveux, ombrelles et parapluies, buvards, stylos, parfums de Paris contenus dans des "flacons de cristal taillé à bouchon de vermeil et les deux voitures F 1938 et M 1938 reproductions du cabriolet Citroën 7 CV " - coinduite à droite s'il vous plait ! - . (Voir cidessus  les deux photos).

  Début 1998, Madame Olivia BRISTOL de la Maison Christie's me disait avoir été appelée par les services du Musée pour procéder à une nouvelle mise en situation de l'ensemble et me racontait son émerveillement devant la quantité, la qualité, la beauté de cet ensemble de chefs-d'Ïuvres de l'artisanat français de l'immédiat avant-guerre, au moins pour ce qui est du trousseau et de l'environnement.



  Il est à penser d'ailleurs que les jeunes princesses n'eurent guère le loisir de jouer à la poupée avec Marianne et France, tant en raison des obligations qui devaient déjà être les leurs (Voir Semaine de Suzette 18 Février 1937, page 193) que de la beauté et de la valeur par trop extraordinaires de cet ensemble. Le tout a dû être très rapidement mis sous vitrines fermées à l'abri des manipulations enfantines et en sécurité à plus d'un titre. Ce qui permet, actuellement encore, de voir le tout à Windsor, véritable Musée de la mode, de la couture et de la parure française.

  Aussi avec Hélène de SAINT ROMAIN de la Semaine de Suzette conclurons-nous qu'«il est plus amusant d'habiller soi-même sa Bleuette dont le trousseau, quoique parfaitement élégant, est tout de même moins fragile......et moins précieux ! ». On ne peut cependant s'empêcher de rêver, comme le font sans doute les deux petites princesees devant leurs poupées en vitrine.!




  Nous sommes heureux de vous faire profiter de quelques photos, pour certaines inédites à notre connaissance, faites à l'époque où Madame Georges BONNET, femme du ministre des Affaires Étrangères, accompagnée « de trois bonnes petites écolières françaises » s'apprêtait à partir pour Londres porter aux jeunes princesses le merveilleux cadeau qu'avait emballé la Maison Pierre WELTER (Rue Bleue à PARIS) et que transportait la Maison DELOCHE & Cie.

 Pous avoirr plus de détails se reporter à la Semaine de Suzette, page 188, 2ème Semestre de 1938, à Polichinelle 1993, page 131, à une série d'articles parus les 17, 18 et 20 Juin 1938 dans " Le Journal " (rubrique "Le Courrier des Poupées"), Le Monde Illustré-Miroir du Monde 1938 et aux Archives de la Mode, par Jacques Borgé et Nicolas Viasnoff, (Éditions Michèle TRINCKVEL 1995). Lire également de Madeleine CHAPSAL "La chair de la Robe", (Éditions Fayard 1989),qui retrace toute l'histoire de la superbe Maison Madeleine VIONNET.

 Nous extrayons d'ailleurs de cet ouvrage le début du chapitre "Celles qui font les robes" :
 «Vous souvenez-vous des poupées offertes par la France aux deux petites princesses Elizabeth et Margaret-Rose d'Angleterre, je crois que c'était en 1937 ( en réalité en 1938 n.d.l.r.)) , pour l'Exposition universelle ? me demande soudain Denise Maillet. (Une des"premières" de Vionnet)
  «-Si je me rappelle ! C'est la maison Vionnet qui a confectionné leur trousseau. Il était si joli, si extraordinaire que Marraine Vionnet a voulu que ayons les mêmes, ma sœur et moi. Nous avions à peu près le même âge que les princesses, et elle nous a offert deux grandes poupées accompagnées de la réplique exacte du trousseau destiné à Elizabeth et Margaret. Il y avait une robe du soir tout en mousseline rose......

  «Eh bien, c'est moi qui l'ai faite !

  «Je la regarde, sans trouver mes mots. J'avais un peu plus de dix ans et je me rappelle parfaitement ces deux grandes poupées trônant au milieu de leur garde-robe de "princesses" provoquant, lorsqu'on nous demandait d'aller les chercher, la stupeur admirative de nos visiteurs.

 «Moi aussi habituée aux merveilles du Nain Bleu que nous offrait Marraine Vionnet - rossignol chantant, train électrique, grande maison de bois avec portes et fenêtres où nous pouvions pénétrer -, j'avais été épatée par ces poupées. En particulier, par leurs robes du soir -nous les enfants, n'en possédions pas bien sûr- coupées en biais, portées sous deux capes de velours de soie bleue nuit.

 «Les robes n'étaient-elles pas composées de pétales d'organza incrustés ? dis-je à Denise.

 « Oui, et c'est Hermès qui avait fait les chaussures, les chapeaux venaient de chez Caroline Reboux. Les poupées des petites princesses avaient un cœur mécanique qui battait pour représenter le cœur  de la France.

 Nous tenons à remercier tous les amis qui par leur érudition et leur documentation nous ont permis d'essayer de regrouper tout ce que l'on sait sur ce qui fut à l'époque un événement vraiment sensationnel. Particulièrement merci à Mme BOUCHONNET, à Mme HOUY, à Albert BAZIN..... Ce petit travail se veut simplement une synthèse de différents articles parus à l'époque où cette affaire fit grand bruit ......un an seulement avant la seconde guerre mondiale (1998 ). 
 Merci également  Mme Evelyne CHARTIER qui nous a autorisé à utiliser quelques éléments emprutés son Blog :
" I segreti della  noce " (2010
)

  <http://isegretidellanoce.blogspot.com/2009/12/france-et-marianne.html>

 

Hélène BUGAT-PUJOL

< hdbugatpujol@noos.fr >

 
P.S.  -Précisions supplémentaires apportées par M. le Docteur et Mme J. POROT, chercheurs en poupées. /

 «...en 1978 nous avons longuement consulté, au sujet des yeux de poupées, Monsieur Peigné, un "oculariste", habile praticien paramédical qui réalisait des prothèses humaines. Il nous a raconté avoir été sollicité par la SFBJ pour ces fameuses poupées. Étant donné leurs grandes dimensions, ces yeux devraient être faits comme des prothèses humaines avec de l'émail et du cristal, un travail coûteux. C'était exceptionnel. C'est dire l'effort que la SFBJ avait consenti.»





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1er Décembre 2011

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