" LES ARTS FRANÇAIS "

" Les jouets des Pays de France "


L'article que Poupendol vous propose est extrait d'un
recueil, complet, paginé de…..181 à 202, donc très court, qui a été édité par Larousse en 1918 avec les difficultés que l'on devine.

Il est très rare et très difficile de trouver ces informations sur le jouet et c'est avec plaisir que je vous fais partager cette découverte.

Plein d'informations que je ne saurais vous retranscrire tant elles sont nombreuses, écrites en tout petit, et peut-être sans intérêt évident pour vous,  j'y ai cependant retrouvé des noms connus de fabricants ou de couturiers de poupées datant de juste après la grande guerre .

Ce sont souvent des poupées en très peu d'exemplaires, bien sur, mais intéressantes, inconnues le plus souvent, ou connues et inaccessibles, de très belle qualité malgré les restrictions dues à la  période.

Toutefois, un paragraphe mérite en particulier votre attention : celui qui fait allusion au surmoulage des têtes du sculpteur Donatello pour réaliser ces poupées ravissantes.

Comme vous même peut-être, je l'ai découvert  avec beaucoup d'intérêt. Venant de monsieur Léo Clarétie, un maitre en ce domaine, ce n'est pas un " on dit " ou  " je pense que…" mais certainement une vérité…vraie. Lui n'hésitait pas à communiquer ses sources qui nous manquent si souvent.



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En 1914, l'Allemagne faisait par an 90 millions de francs ( de l'époque ! ) de chiffre d'affaire avec la fabrication de ses jouets. La France en faisait péniblement 16 millions. Et nous en achetions chaque année aux allemands pour 15 millions de francs. Une telle infériorité, surtout en l'espèce, était regrettable à plusieurs points de vue. Car la question des jouets n'est ni frivole ni négligeable. Elle se présente sous de multiples aspects : économique, social, moral.

La question économique consiste à ne pas laisser échapper en faveur du marché étranger l'occasion de faire un gros chiffre d'offres, d'accroître la production industrielle et l'exportation, d'obtenir des clauses moins défavorisées dans les traités de commerce, d'améliorer le tarif des transports, de modifier les droits de douane à l'entrée des produits étrangers chez nous et des produits français chez les autres nations. Ce sujet à lui seul comporterait une longue étude.

Le point de vue social nous montre une industrie en jachère qui ne fournit pas le travail et les salaires dont elle serait capable, aux ouvriers et aux ouvrières qu'elle devrait employer en beaucoup plus grand nombre. Si seulement la France fabriquait elle-même les 15 millions de francs de jouets qu'elle achetait à l'Allemagne ! L'ancien président  de la Chambre syndicale des fabricants français de jouets, Alexis Chauvin, avait calculé que c'était du pain pour 60.000 ouvriers et ouvrières. Que serait-ce si l'industrie joueytière française prenait tout son développement !

Quant au point de vue moral, il faudrait pour le nier ignorer toute l'importance des jouets comme facteurs dans l 'éducation et la formation du goût, dans la préparation esthétique des jeunes âmes….. Le Kaiser en était convaincu, lui qui allait dans les bazars surveiller la vente des petits cuirassiers et sous-marins pour la jeunesse allemande se pénétrât de la suprématie navale de l'Allemagne.

Le jouet et, en particulier la poupée, sont les premiers et les inséparables compagnons de l'enfance. Nous croyons que le petit bébé se joue de son hochet. Non, il l'étudie, l'observe, prend conscience des notions fondamentales d'espace, de volume. Plus tard, l' enfant ne se sépare pas de son joujou, cheval ou baby ; il cause avec lui, le sermonne, le punit, le caresse ; c'est son ami, son confident, son consolateur, son intime peut-on dire  …………….





Quand les hostilités éclatèrent, l'industrie française des jouets et poupées était à demi expirante, jugulée par la concurrence allemande.

La renaissance du jouet français fut déterminée par la guerre. En 1914, des dames du monde se préoccupèrent de donner de l'ouvrage aux ouvrières de la couture et de la mode, qui restaient sans ressources.

Elles leur firent habiller des poupées pour des ventes de charité. Mais on s'aperçut que le corps des poupées était presque exclusivement allemand. Même à Paris, la grande Société du  Bébé  ( S.F.B.J. ) était composée en partie de capitaux et d'actionnaires allemands.

C'est ainsi que l'on fut amené à créer un type français de poupée, qui fut demandé à des artistes. Un modèle fut fait par le grand sculpteur Antonin Mercié ; on surmoula des têtes enfantines de Donatello ; un souci d'art se fit jour dans la création de ces figurines qui sont les filles de nos filles…..

Parmi les ouvrières de la première heure, il est juste de citer Mesdames Valentine Thomson, Rachel Boyer, Maria Vérone, Mégard, Renée de Vériane, Prevost-Huret, Margaine-Lacroix, Désirat-Laffitte, Sautter, (fondatrice de la fédération du Jouet), Ferrand, la baronne de Laumont, dont l'entreprise a pris un vaste développement, Lauth Sand, Eugène Simon, de Rochefort.

Comme au temps de Watteau et de Chardin, les artistes n'ont pas dédaigné de fournir aux artisans des modèles signés Hellé, Rapin, Lepape, Sem, Fournery, Antonin Mercié, Fernel. Si les articles ainsi fabriqués sont encore d'un prix trop élevé, c'est que le temps a manqué pour les industrialiser et les produire en séries; ce sera le progrés de demain et bien des groupes y travaillent : Le Jouet Artistique Français, La Fabrication Féminine, La Poupée de France, La Francia, l'Exile, l'Espérance, l'Atelier Bricon, le Groupe Polonais de Madame Lazarski, créateur de la poupée en chiffon…pouvant donner aux fillettes l'idée de faire elles-mêmes des poupées à leur goût…




Les industriels cherchèrent une matière souple et solide pour monter les corps, bras et jambes de la nouvelle poupée ( malheureusement, là, Léo Clarétie ne nous donne pas d'indication sur leurs trouvailles ).

La Manufacture nationale de Sèvres, les porcelainiers de Boulogne et de Limoges ont ouvert des ateliers pour la fabrication de têtes de porcelaine.

Tous les efforts furent faits pour soumettre au public les modèles nouveaux. Les Foires de Paris, de Lyon, de Bordeaux, contribuèrent au développement commercial de cette spécialité galvanisée et rajeunie.

Des expositions se succédèrent, au Pavillon Paillard, à la Galerie des Champs Elysées, au Bazar de la Charité ( ventes-concours de la poupée de France et des Alliés, organisée par le Comte Brunnel ) et à deux reprises au Pavillon de Marsan où la présentation fut particulièrement heureuse et étudiée en vue de l'adaptation du cadre à l'objet.

En même temps le régionalisme se réveillait et faisait renaître l'art et le goût dans nos provinces, grâce aux initiatives de Madame de Las Cases pour le jouet lozérien, Madame Oster pour l'Auvergne, Madame Paul Simon pour la Bretagne où l'école de Quimper a été créée en vue de cette renaissance.




L'illustration ci-dessus figurait déja, mais en taille réduite, dans une précédente communication de 2008  (Le Jouet artistique français, Fabrication de jouets par les mutilés, à Bordeaux Click,). C'est avec plaisir que nous l'avons retrouvée  en  plus grand format dans le recueil de1918 et que nous pouvons vous en faire bénéficier.


Léo Clarétie


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Décembre 2011
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