Nous sommes heureux de mettre sous
" les feux de la rampe "
ce sujet si joli qui paraît mal connu et un peu oublié.....
 
" Les Poupées françaises en Costumes Régionaux "
 1835-1917

par Hélène Bugat-Pujol

     Il y a maintenant quatre ans, Poupendol mettait en ligne une étude du très beau livre de Mademoiselle Marie Koenig ," Poupées et Légendes de France. ", édité à Paris par la Librairie Centrale des Beaux Arts, 13 Rue Lafayette. Mademoiselle Koenig était à l'origine de la création, rare à l'époque, d'un prestigieux musée de poupées. 

     Il est vraisemblable que son ouvrage ait été édité à l'occasion de la Grande Exposition Universelle de 1900, si l'on en juge par la préface de Monsieur Mautrice Buchor, qui y raconte comment il emporta la décision d'y voir figurer ces poupées. Ce livre ne mentionne aucune date d'édition, comme c'était souvent le cas à la fin du XXème siècle, et, ne traite que des poupées françaises régionales.

     Au cours de ces quatre dernières années, outre le fait que cet article nous ait été souvent redemandé, j'ai eu la possibilité de me procurer un second livre sur ce très riche sujet, toujours du même auteur, intitulé simplement " Musée de Poupées " aux Editions Hachette. Daté, lui, de 1909, il traite des Poupées Historiques, des Poupées paysannes, des Poupées Coloniales, enfin des Poupées Etrangères. C'est un beau livre doré sur tranche lui aussi, plus de trois cents pages. Chaque chapitre  est orné d'une photo de la poupée qui y est décrite. Toutes sont jaunies, bien sûr, par le temps mais nous avons beaucoup travaillé celle qui justifie ces lignes.

     Vous retrouverez ci-dessous l'étude publiée en 2004 qui sera suivie d'un examen de l'ouvrage de 1909 avec la reproduction d'une très belle illustration. 
 

    Les toutes premières poupées régionales datent, semble-t-il, des années 1830-50 et étaient faites en papier maché. Cependant, dès la production des premières poupées de biscuit en France, des documents attestent l'existence de celles-ci, habillées en costume folklorique régional. Ainsi, au 19ème siècle, on proposait des poupées régionales aussi bien dans les magasins de poupées français de province que dans les grands magasins de Paris. C'était d'ailleurs un marché devenu international, resté très actif jusqu'aux environs de 1890 où il a, alors, commencé à baisser.  C'est de cette époque que datent les plus importantes collections de poupées en costumes régionaux. Parmi les plus célèbres, citons celle de Madame Marin-Guelliote toujours conservée, je crois, au Musée de Guéret, celle de la duchesse de Rohan conservée au chateau de Josselin, et celle de Mademoiselle Marie Koenig, appelée d'emblée " Musée des Poupées". C'est en effet à ce moment-là que cette dernière a lancé les expositions de poupées en costumes locaux et que fut créé ce que l'on appela "Le Musée Pédagogique " (1890).

 



ZZZZZZPour situer l'oeuvre de Marie Koenig, Inspectrice générale de l'enseignement, il faut rappeler la naissance de l'instruction publique gratuite et obligatoire à laquelle sont attachés les noms de Victor Duruy et Jules Ferry, entre autres.
Appuyée sur le réseau des enseignants de France et des colonies, elle n'eut de cesse de recueillir des poupées habillées dans les différentes régions françaises. S'occupant de travaux manuels pour les écoles féminines, elle exposa d'abord, à l'Exposition Universelle de 1889, au Palais de l'Industrie, dans une section intitulée " Les arts de la Femme ", des ouvrages provenant de diverses écoles, ainsi que des poupées.
Puis elle installa en 1890 une exposition permanente de ces objets dans les locaux mêmes de l'Ecole normale d'institutrices maternelles, rue Gay-Lussac à Paris. Ensuite, elle exposa à Lyon en 1894, à Rouen en 1896,..... même à Chicago à l'Exposition Internationale de 1893 !
Enfin à l'exposition universelle de 1900 à Paris où cette présentation obtint une Médaille d'or !)"

 


Paysan Vosgien
Procession de la Fête-Dieu à Marseille, Chef des Bouchers ooooooooooooooooooo Tambourinaire

   L En février 1905, Mademoiselle Marie Koenig obtint même un arrêté ministériel demandant aux enseignants de faire confectionner des poupées par leurs élèves dans le cadre de leurs travaux de couture. Marie Koenig fut lauréat de l'Institut, ce qui à l'époque ( et même encore maintenant...n'est pas chose courante pour une femme....)"

LLLLL Le succès fut immense et les poupées affluèrent de tous les coins de France et des colonies. Elles étaient réalisées tantôt par les élèves elles-mêmes, tantôt par les institutrices, ou les directrices! ! ! ! et même par les inspecteurs ! "

Les poupées arrivaient toutes avec des fiches détaillées sur l'histoire, les usages ou les activités locales, les noms des différentes pièces de vêtements, anecdotes ou légendes sur le costume confectionné étant souvent donnés dans le langage local en usage. Les poupées régionales les plus populaires et aussi les plus nombreuses étaient les petites bretonnes et les petites alsaciennes, suivies des provençales. Elles étaient aussi les héroïnes de diverses légendes populaires, comme Mélusine (Poitou), Sainte-Énimie (Lozère), Rose la beurrière (Artois), la petite Fadette (Berry), etc... 
Jeune Femme de l'île de Ré


LLLLLL La mode et aussi l'engouement pour ses poupées s'expliquent par le développement des voies de communication- notamment du chemin de fer -et de ce que nous appelons aujourd'hui le tourisme.
Les déplacements se faisaient de plus en plus fréquents et si les parisiens qui arrivaient en provinece étaient surpris et séduits par la mode locale, il n'en allait pas de même des habitants de ces régions qui très vite évoluèrent vers une mise plus mode et donc plus " urbaine ".
MMMMMMLe danger pour ces régions françaises de perdre leur identité et une large part de leurs habitudes, usages et coutumes ancestraux apparut très vite.
 

 


Vigneronne de Nuits

  

LLLLLL Ainsi le grand poète provençal Frédéric Mistral s'attacha-t-il très vite à la création du superbe Musée Arlaten qui vit le jour en 1899, en Arles donc ,comme son nom l' indique. Celui-ci avait d'ailleurs déjà publié une longue et belle étude sur l'histoire et l'évolution de la coiffe......justement arlésienne dès 1884.
MMMMMMMarie Koenig publia deux ouvrages pour présenter ces notes dans un but à la fois instructif, patriotique et moral, rapportant de nombreux faits intéressants sur le plan ethnographique notamment. Ces poupées et leur documentation sont maintenant au Musée National des des Arts et Traditions Populaires de Paris (dont le déménagement est prévu d'ailleurs.....)  

 

Arlésienne


 

LLLLL Voilà pour l'historique de cette collection unique restée dans les annales de toute étude sérieuse sur la poupée. Rappelons qu'en 1909, cette collection comptait 460 exemplaires ! ( historiques, paysannes, coloniales, étrangères ). Mais les belles poupées anciennes en habits régionaux sont rares aujourd'hui . Elles ont souvent été victimes des enfants, ou des collectionneurs eux-mêmes, qui ont oté ces vêtements pour parer leurs bébés et poupées des vêtements plus sophistiqués de la ville.  Ce qui est très dommageable pour la riche histoire de ces costumes, tant pour leur beauté que pour leur fabrication souvent très élaborée  Et d'ailleurs, qu'étaient-elles ?
 


Paysanne Brionnaise (Saône et Loire)

LLLLLL Il y en avait toutes sortes bien sûr, mais parmi elles, il y avait aussi ce qu'il est convenu d'appelé de belles, de très belles poupées.
LLLLLL Ainsi une vente aux enchères Thériaults eut lieu le 9 janvier 2000 aux Etats-Unis.
LLLLLL Les poupées vendues, plus de cent ! , en étaient, paraît-il, de  merveilleux exemples bien préservés. Parmi elles, une Jumeau en costume du Finistère vendue $ 5000 contre une estimation de 3000/ 4000; une Simon & Halbig moule 1159, au corps Jumeau, en costume des Hautes-Pyrénées, estimée $ 1500/2000 partit, elle, à $ 3100 ! .
LLLLLL Une Gautier taille 16", des années 1870 environ, en costume breton, entièrement d'origine, estimée $ 3.000/4.000 faisant $ 4.400, une poupée Gautier de 1890 environ, taille 13" en costume du Poitou, entièrement d'origine ,étiquetée et dans sa boite .........etc.


 

Joueur de biniou de Bannalec


LLLLLL Cette vente aux enchères avait d'ailleurs été précédée d'une conférence très précise sur l'Histoire des costumes français régionaux donnée par Mademoiselle Anne Tricaud , Conservateur de Patrimoine au Musée National des Arts et Traditions Populaires de Paris, où se trouvent encore bon nombre des poupées de Marie Koenig.
LLLLLL Cette même vente avait également donné lieu à l'édition d'un très beau livre relié, avec photographies couleurs de toutes ces poupées, livre utile à tous, collectionneurs de poupées ou intéressés sur le plan ethnique.
  

 


Paysan de la Salvetat (Hérault)

Bergers de la Vallée de Bethmale (Ariège)

Dentellière du Velay

LLLLLL Terminant cette étude succinte, j'ai voulu privilégier pour les visiteurs les illustrations et donc les merveilleuses poupées que l'on découvre au fil des pages de ce merveilleux ouvrage de Mademoiselle Marie Koenig.
je vous souhaite de le trouver un jour...
LLLLLL Ce ne sera pas facile mais vous y prendrez tant de plaisir et y trouverez un tel émerveillement que je vous souhaite la chance de le rencontrer ! 
Mais je vous laisse admirer ces superbes gravures.....

Fermière de Saint-Acheul


Jeannette de Perpezat (Puy-de-Dome)

Marchande du Vieil Evreux

Costume Fouesnant (Finistere)


LLLLLL Je ne résiste pas au plaisir de joindre à cette étude, une dictée effectuée par une petite fille, Eugénie Cotelle, agée semble-t-il de 11 ans, en " 1ère Division " comme on disait alors. Cette dictée est datée du 20 Septembre 1882, la rentrée ayant eu lieu le 5 Septembre. Elle est incluse dans une énorme reliure de chagrin rouge, avec les initiales en lettre d'or "E.C." sur la première de couverture !

Lisez plutôt : 

La Dictée d' Eugénie
" La poupée tap.modèle "
LLLLLL  En parcourant pendant une semaine et demie l'exposition universelle, j'ai découvert parmi des poupées tapageuses et parées de riches toilettes, une simple servante du Calvados habillée en vraie normande et à côté d'elle un paysan breton. Feue ma mère aimait à voir dans les joujoux ces costumes de nos provinces, ils apprennent aux enfants que tous les habitants de la France ne portent pas des habits noirs et des robes à falbalas. En les regardant, leur imagination voyage et ils s'accoutument à observer autour d'eux les différences de clangage et de moeurs. Ce sont là de bonne habitudes.
Et puis cette paysanne Normande et ce Breton ont l'air de si honnêtes gens! Il est tout endimanché ce petite paysan avec sa veste brune et sa cravatte (sic ) blan
che.
LLLLLL Mais à sa mine tranquille et contente on voit qu'il a travaillé toute la semaine entière sans perdre une demie heure. Et la petite servante ! regardez cette grosse chemise de toile grise, ce jupon de laine avec des raies noires et blanches, ces bas gris et ces sabots. Quelle bonne et franche rusticité, c'est une brave fille, soyez en sûr, proprette et laborieuse, qui a la paix de l'âme et la santé du corps.

Voilà de vraies poupées simples, aimables et utiles.

Quant à ces péronnelles qui se guindent dans leurs belles robes de soie, je n'en veux à aucun prix quand on me les enverrait franc port"

E. Cotelle

N.B. J'ai bien entendu respecté scrupuleusement l'orthographe et n'ai pas pu comprendre cette syllabe ' tap ' du titre.....Parlait-on déjà de " Top-Model " à l'époque ? Etait-ce Top ou Tap-ce que je lis- ?

 

Juillet 2004 

   " Musée de Poupées "  de 1909 est un très bel ouvrage. Si le sujet vous intéresse, je vous le recommande vivement. Parmi toutes ces pages, il est un chapitre très émouvant que j'ai recopié in-extenso pour Poupendol afin de vous en faire profiter. Histoire surprenante, émouvante, terrible dirons-nous, qui donne encore plus de poids à ce gigantesque travail qu'avait entrepris cette enseignante infatigable, dévouée et très cultivée, inspectrice de l'enseignement et lauréat de l'Institut  ( mais oui, sans " e "  ) ce qui était rare pour l'époque  !


POUPEE DE LA MARTINIQUE

par Mademoiselle Marie Koenig

 Extrait de son second ouvrage  " Musée de Poupées "
Edité par Hachette et Compagnie en 1909  :

« Cette belle poupée fut habillée dans une des écoles primaires de Saint-Pierre de la Martinique, au printemps de l'année 1901. Elle ne devait rappeler que des souvenirs ensoleillés, et les bons rires  des petites filles qui travaillaient si gaîment pour le Muséee de poupées de la capitale.
Avec quelle joie on lui avait mis sur sa jolie  tête noire, le fichu plat qui forme bandeau sur le front, et qui est surmonté de la pointe appelée " provocation "........
De toutes  petites rieuses avaient eu l'honneur de découper, avec des ciseaux mignons, les dents du volant soyeux de la belle robe couleur du soleil levant ; d'autres plus habiles, l'avaient froncé et fixé à la jupe. Chacune avait fait quelque chose : un point ici, un point là. On avait été très fières de coudre l'attache du jupon de mousseline, de passer , autour du cou de l'élégante poupée, le riche collier d'or que vous pouvez voir. L'institutrice, cependant, s'était réservé le soin de tourner autour des tempes ces bouffants de cheveux, sortes de pompons qui donnent à la coiffure de la femme martiniquaise uine grande originalité.
Oh ! comme une fois parée, on avait regardé la jolie poupée, alors qu'elle était placée au milieu d'une feuille de papier blanc, sur le bureau de la maîtresse..........
On avait gentiment dit adieu à la poupée, on lui avait donné un nom gracieux, celui de Joséphine, si chère à la Martinique. Les fillettes avaient chanté autour d'elle une ronde rythmée pleine d'entrain :
" Comme nous voudrions partir avec toi, petite jolie poupée avaient murmuré quelques petites filles ... .Tu diras bonjour à toutes les poupées du Musée  avaient été les derniers mots prononcés par une fillette  de six ans tout à fait drolette. " »
Enfin, l'heure de la séparation avait sonné, des bébés avaient embrassé les mains de "Joséphine". C'était fini. Dans un carton solide, elle avait été emballée avec du papier rose, tous les plis de sa robe était bien tirés, il fallait que la poupée arrivât sans froissement; ensuite, elle avait été posée dans une caisse en fer, clouée et envoyée au Musée pédagogique par les soins d'un jeune officier de marine. Cet officier l'avait demandée à l'école et elle devait rejoindre au Musée les envois qu'il avait déjà faits, alors qu'il était à bord de l'  " Iphigénie " et lorsqu' il faisait sa première campagne de Madagascar
Ce fut le tour des mamans des petites filles de l'école de Saint-Pierre. Au moment où partait le bâteau qui emportait Joséphine, elles chantèrent une complainte naïve bien connue aux Antilles :


"Adieu foulards, adieu madras, adieu robes soie,
Adieu colliers choux,
Doudou ( ami ) à moi li qu'a parti.
Hélas ! hélas ! c'est pour toujours.
Doudou  à moi li qu'a parti
Hélas ! hélas ! c'est pour toujours.

Bonjour Monsieur le gouverneur
Moi qu'a veni faire une pétition
Pour mander ou ( vous ) autorisation
Afin laisser Doudou moi ici,
Non, non, non, non, i déjà trop tard,
Bâtiment a déjà surla bouée
Non, non, non, non, i déjà trop tard,
Bâtiment a déjà su la bouée.

Adieu foulards, adieux madras, adieu robes soie
Adieu colliers choux,
Doudou à moi li qu'a parti.
Hélas ! hélas ! c'est pour toujours.
Doudou  à moi li qu'a parti
Hélas ! hélas ! c'est pour toujours. "


Adieu madras, adieu foulard
Adieu rob'soie, adieu collier choux
Doudou an mwen li ka pati
Hélas, hélas ! cé pou toujou !
 

Bonjou Missié le gouvêneur,
Moin vini té oune pétition
Pou mande ou autoisation
Afin laissé Doudou moin ici.
 

Non, non ,non ,non, déjà top tard,
Bâtiment a déjà sur la bouée.
Non, non ,non ,non, déjà top tard,bientôt il va appareiller.
 

Adieu madras, adieu foulard,
Adieu grains d'or, adieu collier choux,
Doudou en moins li ka pati
Hélas, hélas ! cé pou toujou !
 
 


Le " d' Estrées sur lequel était notre jeune officier partait pour Terre-Neuve en même temps que la poupée Joséphine quittait la Martinique.

A peine le " Suchet ", autre croiseur venait-il d'arriver pour remplacer le " d' Estrées " que la montagne Pelée faisait éruption et, en quelques instants, détruisait la ville de Saint-Pierre. Toutes les petites filles qui avaient travaillé joyeusement à représenter une des femmes indigènes de l'île, toutes les institutrices, ainsi que toute la population, étaient anéanties, hélas !

Seule la petite poupée survivait, continuant de traverser l'Océan, et arrivait intacte au Musée, bien après que les dépêches avaient appris à l' Europe l'horrible catastrophe.

Un journaliste, Monsieur Furetières, ayant vu le premier la petite poupée, fut  touché, profondément  et l'appela " une précieuse relique " en lui dédiant un article plein d'émotion.

Pauvre poupée ! Vous la voyez ici. Quelques petites roses en papier ont été tournées pour elle dans une école de Paris. La Martiniquaise est devenue une petite personne dont la vue tire les larmes des yeux; n'est-ce pas une orpheline, puisque toutes  ses petites mamans qui l'avaient habillée si coquettement sont mortes dans l'affreux cataclysme ?

Que faire ? Nous avions depuis longtemps une mignonne couronne de perles de verre, enfilées dans des cheveux, souvenir d'une amie disparue qui aimait la Martinique pour ses plantes et ses richesses ! Nous pensâmes alors à donner à cette petite couronne devenue mortuaire la destination que vous remarquez. Personne mieux que cette amie ne nous avait fait aimer l'île enchantée. »

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Juin 2008

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