.                       Toutes les poupées régionales sillonnèrent la France à l’époque. Telles celles de Mademoiselle Koenig qui avait eu l'initiative d'en organiser une à la fin du dix-neuvième siècle dont vous retrouvez le compte-rendu depuis plusieurs mois dans Poupendol au chapitre " Lime Light " sous le nom justement des " Poupées de Marie Koenig " .( Mademoiselle Koenig avait fait école,  c’est bien la cas de le dire ! ) Cet article toujours autant apprécié est  très visité si nous en jugeons par nos statistiques.
Il est vrai que les poupées régionales , souvent appelées à tort " poupées folkloriques " sont délicieuses à condition que le fabricant les ait vraiment bien travaillées et que ce ne soit pas de simples souvenirs de vacances.
Nous ne savons pas l'origine de ce document sauf sa date. Si l'un d'entre vous la connait, Merci de partager vos connaissances avec nos fidèles chaque jour plus nombreux
.


« En décembre dernier ( donc à Noël 1923 puisque ce document date de 1924 ), tout à la veille des étrennes, nous avons consacré une chronique et des illustrations à ces mutines et coquettes poupées " modernes " qui, dans les vitrines de Noël, répétaient les silhouettes à cheveux taillés et les attitudes en pyjama, en travesti, en toilette de théâtre, de ces autre poupées modernes vivantes qui mènent la mode aujourd'hui ou sont menées par elles. Poupées charmantes et piquantes, mais éphémères comme une vogue ou un caprice, voici que d'autres poupées viennent, sur votre propre terrain de grâce, dans votre décor essentiel, dans notre capitale, substituer  leur solide aspect traditionnel à votre esthétique fragilité ! 

« Poupées de Paris, l'actualité parisienne de ce mois de juin appartient aux poupées de province.»


« Elles sont venues, ces villageoises figurines de tous les pays de notre pays, bretonnes, normandes, picardes, angevines, cauchoises, flamandes, limousines, sablaises, basques, auvergnates, arlésiennes, toulousaines, savoyardes, alsaciennes, lorraines, revêtues des pittoresques costumes que l'on continue de voir survivre à leur passé dans toutes nos fêtes régionales.  Ces costumes que l'instinct populaire a cherché, trouvés, fixés en types presque immuables sous des variations légères, a écrit Maurice Bouchor, ces costumes révélateurs d'une race, d'un coin de terre, d'une âme sérieuse ou gaie, fine ou robuste, naïve ou étrange, sont parents de nos légendes, contes, chansons et danses populaires, dont la haute valeur pour l'historien, le poète, l'érudit n'est plus à démontrer " Un enseignement nous est offert dans une exposition parisienne. La leçon qu'on nous propose est aimable. Allons bien vite nous instruire. »



« Depuis le 30 mai, deux mille poupées, revêtues de tous les atours de nos vieilles provinces, sont présentées, 10 Rue de Madrid, dans les locaux du nouveau central téléphonique ( Europe ) par les soins de Monsieur Joyeux, administrateur de l'Orphelinat national des P.T.T. et de Madame Carpeza, la si dévouée présidente, depuis vingt ans, du comité maternel de cet orphelinat. Et voici comment fut réalisée cette manifestation intéressante et bienfaisante de l'art du jouet et de l'art du costume. En octobre dernier, dans tous les bureaux de poste de province, les petites fonctionnaires furent invitées à présenter des poupées habillées par elles, selon la mode du pays, à des expositions qui devaient d'abord être régionales. Il eut une belle émulation, un zèle joyeux, et les envois affluèrent. Dès la fin de janvier, en février, en mars, en avril, les jurys locaux examinèrent les figurines amoureusement parées avec un instinct sûr des élégances d'autrefois.»




« Les plus remarquables de ces sujets furent primés. Mais, primées ou non primées, toutes ces poupées de province ont fait le voyage de Paris. Les lauréates, naturellement, occupent la place essentielle qui leur est due : elles sont exposées dans la plus grande salle,
 dans la salle d'honneur.


La Normandie et la Bretagne offrent la plus admirable collection de coiffes que l'on puisse rêver. Tout un ravissant mobilier breton en miniature, bahut, armoire, dressoir, lit en placard, a été envoyé avec les poupées du Morbihan. La Loire-Inférieure, la Loire de la Brière a équipé un bateau de tourbe monté par les personnages de Monsieur de Châteaubriant, Aoustin de Pont-Château, l'Aoustine et Théotiste.
A la Haute-Garonne, on doit toute la figuration d'une cour d'amour du temps de Clémence Isaure. 


« Il y a une noce limousine et une noce auvergnate, avec joueurs de chabrettes et danseurs de bourrée.
Le Gers a expédié une gardeuse de moutons, un berger, des vendangeurs. Pour le Périgord, Mion coiffée en mouchoir et Jeantissou en bonnet de fourrure semblent tous deux évadés d'un roman d'Eugène le Roy.
 Car chacune de ces poupées porte un nom familier où l'on retrouve l'accent du pays. Voici Jacquette de Fontenay; Angélina des Sables-d'Olonne; voici Jeantounet de Limoges; voici, dans le groupe savoyard, Lucrèce de Beaufort, Nicolas du Mont-Cenis, Hélène de Chatelard, Hélène de Valloire. Voici sous le pavillon d'Alsace, Anne-Marie de Mulhouse et Greth de Colmar.»


 Quant aux " envoyés " du pays basque, ils méritent d'être admirés pour l'ingéniosité intelligente et tout l'art que représentent leur équipement provincial et aussi le modelage impressionnant de physionomies qui nous changent des minois de bébés Jumeau, trop répétés dans d'autres envois. Voyez Maïe, cette belle fille portant la cruche d'argile; et cette gracieuse Daounine endimanchée et ce joli Pierroulin en sabots ! Voyez Yantet, le vigneron, sa Marcouline et leur garçon; et la Catherine de Saint-Gachoucha et Manech. Vous citerai-je aussi le berger landais et un facteur monté sur ses échasses ? Mais on ne peut mentionner tout ce qui mériterait une mention; n'oublions point pourtant de dire que l'Algérie est représentée par Guernia, femme arabe, par la fameuse Antinéa, par Rebecca, jeune juive constantinoise, et l'Afrique occidentale a envoyé deux poupées soudanaises.




L'exposition durera jusqu'au 15 Juin. Après quoi, on vendra, au profit de l'Oeuvre, les jolies poupées. Et cela représentera, pour l'entretien des douze cents orphelins, un appréciable capital constitué par les agents eux-mêmes des P.T.T., par toutes les habiles petites fonctionnaires qui, sous cette forme charmante, auront réalisé la plus généreuse des participations à une oeuvre.

Albéric Cahuet »
Présentation Pierre Lelong »

Un évènement du même genre aurait-il actuellement autant de retentissement et donnerait-il lieu à l’édition d’une si énorme quantité de cartes postales ? Certaines de nos régions ont conservé et tiennent à conserver leur identité comme la Bretagne, l’Alsace, les “ Ch’tis “. Les autres, nombreuses et si émouvantes ne sont hélas plus qu’un touchant témoignage d’une France qui n’est bien sûr plus ce qu’elle était.

Hélène BUGAT-PUJOL

P.S.  -  Nous devons à la gentillesse de Madame A.-M. POROT les trois illustrrations ci-dessous....qui ont le grand mérite de ne pas être floues comme les notres,  lesquelles ont certainement beaucoup vécu.







Madame POROT  nous précise aussi «  ... Je vous signale que dans la revue Polichinelle n°2 de  avril 1981, M. Theimer a représenté un ensemble de ces poupées dont une page est donnée pour des Bleuettes ....».

Poupendol, faute d'ndications de taille ne peut que dire  " Ce sont bien des moules 60..."













Poupendol remercie très vivement Mme POROT de son envoi et des ses précisions.


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