Les allemands avaient trouvé un moyen très simple pour fermer les yeux des poupées à l’aide d’un contrepoids (petite boule de plomb) placé dans la tête et reliant les deux yeux de telle sorte que la poupée dormait quand on la couchait. C’était automatique. Cela concernait les yeux en verre soufflé. Pour les yeux en cristal moulé, cela n’était pas possible, c’est pourquoi les fabricants français d’yeux ont étudié le problème vers 1880 car pour la plupart leurs yeux étaient en émail moulé.
Steiner a été le premier à s’intéresser à la commande manuelle des yeux par le globe, l’enfant devenait acteur de sa poupée qui fermait les yeux à la commande.

 Pour cela, un gros handicap, depuis la création du bébé articulé dit incassable :

 
On ne pouvait pas faire passer le système de commande dans le corps par le cou articulé. Il fallait que la commande se fasse par la tête, donc par une tige sortant au ras de la perruque ou par un trou pratiqué dans la porcelaine au niveau du cou.

Steiner a choisi d’actionner les yeux par une tige sortant sur le côté, au ras de la perruque, mais il n’a pas moins déposé un brevet suivi de 3 additions pour régler le problème en 1880 et 1881.

Quant à la Société Schmitt et fils, le brevet déposé en 1885, montre une seule tige sortant en arrière de la tête pour actionner plus ou moins la fermeture des yeux.


Emile Jumeau avait essayer de résoudre le problème en déposant un premier brevet (n°166.885) le 7 février 1885. Les paupières se fermaient au moyen d’une tige métallique articulée sortant sur la nuque et que l’on pouvait manipuler manuellement.



Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit d’une poupée Jumeau présentée sur Ebay, équipée du système breveté par Emile Jumeau le 1er juillet 1886 (n°177.127)pour « des perfectionnements au mécanisme destiné à mobiliser les yeux dans les têtes de poupées et autres.
« C’est apparemment la première fois que les yeux sont montés sur une platine à tourillons, et qu’ils vont pouvoir basculer sur des coussinets , sans avoir le contact direct avec les parois de la tête. ».

Les yeux sont en cristal moulé, hémisphériques, sans aucun vide autour des paupières, avec une monture estampée. Ils sont mus par des tiges métalliques et biellette. Le frottement des yeux s’effectue sur une peau collée à l’intérieur de la tête autour des paupières. La tige qui actionne le mécanisme sort au niveau de la nuque, elle est munie d’une petite poignée mécanique que l’on tourne à droite ou à gauche suivant l’amplitude désirée.

A voir les photos de la poupée on peut la dater des années 1890. Il est extrêmement rare de trouver une poupée avec l’application de ce brevet,

il n’a pas dû avoir le succès escompté malgré la note du brevet : « …l’établissement des différentes parties constitutives de ce mécanisme perfectionné, assure à celui-ci une très grande solidité, et permet de le livrer à un prix exceptionnel de bon marché »


Eléments du Brevet de 1886


Je vais indiquer comment est actionnée la monture des yeux.

Cette monture, ou traverse A est découpée avec un appendice C à deux branches, lesquelles, à l'estampage, sont repliées ( Fig 2 ) pour embresser un tourillon, sur lequel est attelée une biellette métallique D, découpée puis tordue, de manière que ses extrémités soient dans des plans perpendiculaires.

L'oeil inférieur de cette biellette reçoit l'extrémité d'une tige-manivelle en métal T, engagée à frottement un peu dur, et guidée, dans un tube t fixé au masque par un 'écrou a prenant appuis un petit bloc en bois E. Le tube t est fileté à cet effet, et comporte une embase b.
La tige T sort derrière le cou et est munie d'une petite poignée métallique m qu'il suffit de tourner à droite ou à gauche pour produire l'effet désiré, c'est-à-dire ouvrir ou fermer les yeux ( voir le tracé ponctué de la fig 2 ).L'amplitude du mouvement est limitée par le prolongement c  du tube,sur lequel vient buter la partie coudée t'  de la tige-manivelle.

Le frottement des yeux s'effectue sur une peau collée à l'intérieur de la tête, autour des paupières.








Anne-Marie POROT


P.S.  Madame POROT avait déjà publié un article sur la " Poupée Mystère ", de la " Fabrique Française des Yeux Expression " dirigée  par C.Le Bos d'Espinoy, poupée de 1926, tête Moule 60 8/0. Les yeux étaient mobilisés par le jeu d'une commande  dans le dos à hauteur de la taille.
      R E  T O U R

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