Sujet inépuisable de recherches passionnantes, Bécassine fêtera son centenaire en 2005. Classique indémodable et indétrônable parmi nos héros et héroïnes de Bande Dessinée, elle nous entraine de découvertes nombreuses en rencontres imprévues dans des domaines voisins non seulement de la Poupée avec Bleuette mais même de l'Automate !

Beaucoup plus qu'une simple silhouette, c'est un délicieux petit personnage plein d'une désopilante assurance qui défie le temps. Il a donné lieu à de très nombreuses réalisations et interprétations dont la plus célèbre est, bien sûr, la poupée réalisée par Reine DEGRAIS (1) , à partir de 1949 - poupée en indémaillable rose, bourrée de kapok et revêtue du célèbre costume .

Cependant, née en 1905 de l'imagination de J.P. PINCHON, elle inspira très vite et très diversement de nombreux fabricants de jouets.

 

HISTORIQUE DU JOUET

 

 

C'est ainsi que dans la "Semaine de Suzette" parurent notamment des publicités pour une "Bécassine Casseuse d'Assiettes" ( p.143, n°9 du 2 Avril 1914. et p. 159, n°10 du 9 Avril 1914, avec les détails donnés p.175, n°11 du 16 avril 1914.S'agissant d'un ingénieux petit automate mécanique du début du siècle, il fallut chercher! Pourtant un remarquable ouvrage de Frédéric Marchand " L'Historique des Jouets Martin " ( Editions " l'Automobiliste" -1987-).....et l'Institut National de la Protection Industrielle nous y aidèrent au delà de nos espérances.

 

Et nous découvrîmes Séraphin Fernand MARTIN, autodidacte de génie, inventeur des fameux jouets de tôle, dès la fin du siècle dernier (2 ). C'est en effet lui qui créa en 1912 ce nouveau jouet la"Casseuse d'Assiettes". Cédant son affaire à Georges FLERSHEIM (3), ce dernier déposa en 1913 le brevet afférent, sous le numéro 458.560,(demandé le 29 Mai 1913 et délivré le 9 Août). Ce jouet obtiendra le Grand Prix du Concours LÉPINE, qu'il n'avait pas été possible d'attribuer à F. MARTIN. Ce dernier, grand ami du célèbre Préfet, était à l'origine du fameux Concours et membre du Jury de la section " Jouets "!

 

Puis la Grande Guerre est arrivée. Il semble que la "Semaine de Suzette " ait alors arrêté la diffusion de la " Casseuse d'Assiettes ". Plus aucune publicité n'apparaît. En 1915, Georges FLERSHEIM est tué lors de l'essai d'un canon de sa conception. En 1919, la fabrique de jouets MARTIN-FLERSHEIM est revendue à la famille BONNET.

L'inscription au Registre du Commerce de la Seine est prise sous la dénomination "Victor Bonnet et Cie, successeur de la maison Fernand Martin".

Effectivement la fabrication est relancée, soit avec de nouveaux modèles, soit avec les anciens modèles MARTIN, les mécanismes et l'esthétique étant améliorés. Ainsi notre jouet renaît rebaptisé " Madelon, Casseuse d'Assiettes ", le nom de Bécassine ayant été, entre temps, déposé et son utilisation soumise à des conditions financières précises . La production du nouvel acquéreur est désormais identifiée par les initiales "V.B." (et plus tard "VéBé").

Le brevet de ce jouet décrit le personnage maladroit comme une "petite bonne". Il n'y est nullement question de "Bretonne", et encore moins de "Bécassine". Mais il y a tout lieu de penser qu' Henri GAUTIER, directeur de la " Semaine de Suzette ", en homme d'affaires avisé, ait perçu les avantages à tirer de l'association du jouet à succès avec l'héroïne de son journal.

Un accord avait probablement été conclu avec le fabricant pour diffuser la " Casseuse d'Assiettes", sous le nom de "Bécassine". Ce nom de " Bécassine " n'était d'ailleurs pas encore déposé et ne le sera qu'en 1918. Mais le jouet ainsi mis en vente dans les Éditions GAUTIER, n'avait pas exactement le "look" de notre héroïne. Sa robe était bleue ou rouge, et non vert-pois. L'hypothèse d'une série avec robe peinte en vert, caraco rouge et roues noires était tentante. Frédéric MARCHAND, spécialiste des jouets MARTIN, est formel : aucune série spéciale ne semble avoir jamais existé.

 

 

LE JOUET EN DETAIL

 

Ainsi avons-nous deux jouets fort semblables. Examinons-les et voyons leurs ressemblances et leurs particularités. Toutes deux sont bien sûr de taille, de principe et de conception absolument identiques.

A gauche, tenant encore ses assiettes la Bécassine de 1914. A droite, la Madelon de V.B.

La "Fernand MARTIN" ("F.M.") est donc en tôle. En corselet noir, à jupe longue rouge ou bleu-drapeau avec tablier blanc, le tout peint à la main, elle porte sur son plastron une chaînette avec la croix catholique, celles-ci moulées et peintes en doré. Elle porte des sabots . Estampillée "F.M." dans le dos de sa coiffe , elle mesure environ 17 cm. La clef d'animation est fixée à demeure.(4)

 

La "Victor BONNET" ("V.B"). est légèrement différente dans sa présentation : Toujours en tôle, robe à jupe longue lithographiée bleu-ciel à pois blancs, . Par dessus, une petite guimpe à manche en tissu de coton blanc quadrillé de fines rayures rouges, à col de coton blanc. Tablier blanc en coton. La chaîne et la croix ont disparu. Elle porte des sabots également lithographiés et mesure encore17 cm de haut. La clef est toujours fixée à demeure.

Elles sont donc très proches, pour ne pas dire, similaires, à quelques détails vestimentaires près. De toutes façons, il s'agit de l'exploitation du même brevet. Seule la présentation change , peu, mais suffisamment pour qu'on puisse aisément les distinguer.

Remontons-la : Le mécanisme est le même. Bécassine (ou Madelon) transporte dignement des assiettes qui brusquement sautent et retombent, au grand effroi de notre héroïne, dont le regard tourné vers le haut, prend le ciel à témoin . La douzaine d'assiettes (métalliques heureusement) a toujours été coquille d'¬§uf chez F.M. Il semble que Victor BONNET les ait sorties dans la même teinte, mais parfois constellées d'étoiles dorées (Cf. le livre de Frédéric MARCHAND 5).

Fernand MARTIN

Victor BONNET

Le Brevet, conçu par Fernand MARTIN mais déposé par FLERSHEIM est lui aussi très intéressant . Admirez-en la finesse et la précision. Document inattendu, n'est-ce pas ?

Hélène BUGAT-PUJOL

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Illustration tirée de "La Semaine de Suzette", du 30 Juillet 1914 ; "Bécassine en Apprentissage".

RENVOIS ET NOTES

Renvoi 1

Première publicité dans la "Semaine de Suzette" du 11 Août 1949, n° 32, page 383

Renvoi 2

Ce personnage hors du commun naquit en 1849. Dès son plus jeune âge, il inventa et fabriqua des jouets (A neuf ans il construisait et vendait un sou à ses camarades de petites arbalètes). En 1880, il installe sa première fabrique de jouets qui prospère rapidement, tant en raison des indubitables qualités commerciales de son directeur, que surtout de la profusion d'inventions remarquables mises sur le marché.

Renvoi 3

Il semble qu'une des clauses du contrat de cession ait été le maintien du nom de Fernand MARTIN, et de son sigle "F.M.", qui se retrouve sur tous les jouets inventés par le cédant et commercialisés par le nouveau propriétaire.

Renvoi 4

Nous avions longtemps cru que la "F.M." était, à son époque, livrée dans une simple boite en carton, sans inscription. Lors d'une vente aux enchères - Drouot le 22 Décembre 1995, par M°M° POULAIN et LE FUR- nous avons découvert la boite d'origine avec impressions et illustration.

Renvoi 5

Voir aussi, "Les Jouets de France", de Léo Claretie 1920, Delagrave, et "L'Age d'or des jouets" Jac Remise, Lausanne 1967.

H.B.P.