poupees pandore jeux


« Dès la fin du XIVeme siècle, " Les chefs d’oeuvre de nos poupetiers étaient en tout pays connus et demandés. En Bavière même, à Munich, à deux pas de Nüremberg, l’eldorado du jouet d’enfant, on faisait le plus aimable accueil à ces petites émigrées de la bimbeloterie parisienne.
  En 1571, la duchesse de Bavière accouche d’une fille ; Madame Claude de France, duchesse de Lorraine, qui est une de ses bonnes amies, veut faire à la petite un présent qui puisse agréer à la mère, et aussitôt  elle pense à quelques belles poupées de Paris, bien “attifées”, selon la dernière mode,  et écrit donc à cet effet à F. Hottmann: “ Elle vous prie, est-il dit dans la lettre de lui envoyer des “pouppées” non trop grandes, et jusques à quatre et six, des mieux habillées que vous pourrez trouver, pour envoyer à l’enfant ( qui est une fille ) de Madame la duchesse de Bavière, accouchée puis n’aguières “ .En attendant que la petite fille puisse s’en amuser, la mère, qu’elles édifieront sur les parures nouvelles, y prendra plaisir.

Il est évident qu’ici, le présent est pour la mère bien mieux que pour l’enfant. Depuis le XIVeme siècle jusqu’au XVIIIeme, il arriva souvent qu’on en fit, du même genre à peu près, entre princesses et dames à la mode, habitant des contrées différentes.
Mais c’était alors d’une façon plus directe, plus régulière, et sans qu’il fût besoin de recourir au prétexte d’un présent de naissance, comme ici, ou bien d’un cadeau d’étrennes.Une poupée, non plus poupée de petite fillle, mais poupée de belle et bonne taille, poupée bien élevée, majeure, sachant son monde, était expédiée en grande toilette, de la ville dont les modes faisaient  loi - or l’envoi venait toujours de Paris -  vers les cités moins privilégiées, mais non moins peuplées de coquettes, où l‘on avait hâte de s’initier complètement aux nouveautés de la toilettte et de savoir le dernier mot de la mode courante."
Dès l’année 1391, nous trouvons dans les comptes royaux, si curieusement analysés par M. L. de Laborde dans le Glossaire de son catalogue des émaux du Louvre, la somme de 459 livres 16 sols donnée à Robert de Varennes, brodeur et valet de chambre du roi, “ pour pouppées et mainages d’icelles pour la royne d’Angleterre “.
Et il s’agit évidemment d’un envoi semblable à celui dont nous parlions. Peut-être seulement, ce qui n’eût pas été un perfectionnement sans importance, les poupées dont il est parlé étaient-elles tout à fait de la taille de la reine à laquelle on les adresssait, de telle sorte qu’après avoir jugé sur elles de l’effet de la toilette, elle pût aussitôt s’en parer. En 1496, nouvelle mention dans les comptes royaux pour une expédition du même genre à peu près. Il s’agit d’une somme que touche encore un ouvrier “ pour avoir fait et refait par deux fois, par ordonnance et commandement d’icelle dame (la royne) une grande poupée pour l’envoyer à la royne d’Espagne.
Au XVIIeme siècle, ces ambassades des poupées parisiennes, allant en plénipotentiaires de la mode imposer leurs lois de par le monde, se préparent avec plus de solennité, s’exécutent avec un plus grand appareil. Leur mission se discute en congrès, rien ne se fait à l’étourdie, chaque détail de la toilette est étudié, pesé, autorisé  et elles ne partent  qu’avec la sanction unanime de ce synode de la coquetterie.
 Une seule poupée ne suffit plus alors, on lui en adjoint un autre, plus modeste, qui fera loi pour le déshabillé, comme la première pour la grande toilette. Celle-ci s’appelle la grande Pandore, l’autre la petite Pandore. Ce sont les précieuses de la société de Mademoiselle de Scudéry qui prennent soin de leur ajustement.D’ordinaire c’est dans le salon de la grande précieuse, le samedi, jour des petites assemblées, que l’on procède à la toilette sacramentelle.
Furetière, dans son Roman bourgois, a parlé “ de ces figures vétues selon la dernière mode, qu’on envoyait, dit-il, dans les provinces, “  et dans les pays étrangers, aurait-il dû ajouter, car nous savons par une très curieuse anecdote qu’on les  expédiait aussi en Angleterre, et qu’il n’y avait rien qui pût faire obstacle à leur voyage.
Ainsi, au XIVème siècle, les poupées dont il était question dans les inventaires n'étaient pas destinées à l'amusement des enfants;.... il est bien évident que les poupées qui furent envoyées en 1391 à la Reine d'Angleterre étaient plutôt destinées à montrer à sa Cour quelles étaient les modes nouvelles que la reine Isabeau de Bavière avait introduites à la Cour de France en épousant Charles VI...." ( H.d'Allemagne, Histoire des Jouets, p.102 )
” On assure, lisons-nous dans les souvenirs d’un homme du monde, que pendant la guerre la plus sanglante, ( la guerre de sept ans ) entre la France et l’Angleterre, du temps d’Addison, qui en a fait la remarque, ainsi que de l’abbé Prévost, par une galanterie qui n’est pas indigne de tenir place dans l’histoire, les ministres des deux cours de Versailles et de Saint James accordaient en faveur des Dames un passeport inviolable à la Grande Poupée, qui était une figure d’albâtre, de trois ou quatre pieds de hauteur, vêtue et coiffée, suivant les modes les plus récentes, pour servir de modèle aux dames du pays. Ainsi, au milieu des hostilités furieuses qui s’exerçaient de part et d’autre, cette poupée était la seule chose qui fut respectée par les armes ”

"Je n’aurais pas aussi longuement parlé de ces poupées voyageuses, si le rôle qu’elles jouaient avec une importance presqu'officielle, n’avait été repris  d’une façon plus humble sans doute, mais plus décisive aussi, par ces myriades de fines et lestes poupées dont les migrations commencent avec chaque nouvelle année et qui s’en vont de par les deux mondes continuer et  étendre la popularité de nos modes.
Ce sont de vraies Parisiennes qui arrivent, on le sait ; et vite, on se met à les imiter et à se faire belles comme elles. Rien de plus exact que toute leur toilette.  Si c’est une poupée du peuple, toute accorte et proprette, la pauvre fille des mains de laquelle elle sort l’a faite et habillée à son image; si c’est une poupée plus grande dame, elle l’a parée comme elle voudrait l’être."

“ Les ouvrières parisiennes, dit M. Natalis Rondot, dans son rapport sur l’exposition de 1849, n’ont pas de rivales pour l’habillement de la poupée: elles savent, avec une prestesse et une habileté merveilleuse, tirer parti des moindres morceaux d’étoffe pour créer une toilette élégante. Le mantelet, la casarecka et la robe d’une poupée d’un franc sont la reproduction fidèle et correcte des modes nouvelles. 
Dans ces costumes confectionnés avec tant de coquetterie, l’habilleuse ne se montre pas seulement excellente couturière ou modiste; elle fait preuve en même temps de goût dans le choix des tissus et le contraste des couleurs. Aussi la poupée est-elle expédiée dans les départements et souvent à l’étranger, comme patron des modes; elle est même devenue un accessoire indispensable de toute exportation de nouveautés confectionnées, et il est arrivé que, faute d’une poupée, des négociants ont compromis le placement de leurs envois. Les premiers mantelets vendus dans l’Inde furent d’abord portés sur la tête, en mantille, par les dames de Calcutta ; la poupée modèle arriva enfin et l’erreur fut reconnue........"  

Ce long texte n'apprendra rien à quelques uns d'entre vous mais permettra à bon nombre de découvrir l'histoire de cette Pandore ou  plutôt de ces Pandore sur lesquelles peu ont écrit et encore moins offert d'illustrations les concernant. Monsieur d'Allemagne disait d'elles que le plus souvent "elles étaient compètement plates et ne présentaient qu'une seule face décorée; toutes les parties apparentes du corps, les pieds, la tête et les mains, étaient en carton peint ".
.Monsieur François Theimer en nous permettant de faire quelqus photos des Poupées Royales, nous a ainsi permis de voir et d'immotaliser une superbe Pandore ( Voir ci contre.)

De même, il nous permit de prendre un cliché de la si célèbre pandore, connue sous le nom de la " Poupée de la rue Saint-Honoré ". " C'était un mannequin de couturière élaboré comme un mannequin de peintre mais en plus léger dont se servait Mademoiselle Rose Bertin pour montrer les dernières nouveautés parisiennes à ses clientes des cours européennes. Ce mannequin de 1,m 60 est d'ailleurs représenté sur une gravure du XVIIIème siècle, la célèbre marchande de modes l'apprêtant devant devant une clientèle de jolies curieuses ". (Merci Monsieur Theimer  ! Voir ci-dessous)


" Les voyages de ces poupées se prolongèrent tout au long du XVIIIème siècle ".  En 1849, on se sert encore de de la poupée pour donner à l'étranger une image des modes françaises. L'idée de se servir de ces petits mannequins comme carte d'échantillon, a été reprise de nos jours - fin du XIXème siècle - par le plus grand nombre d'industriels qui s'occupent du vêtement féminin.
Ces modèles en réduction présentent l'avantage de tenir moins de place dans les vitrines d'exposition et aussi celui d'une grande économie dans les frais d'établissement. "
( Henry d'Allemagne, Histoire des Jouets page 112 ).

 " Au XVIIIème siècle,toute l'Europe est à la Française ! "  (Les Goncourt)
                   
Quelques lignes plus loin on peut lire, et ce l'attention toute spéciale de nos ami(e)s américain(e)s et des voyageurs: " On copia nos robes et nos coiffures jusqu'à Philadelphie. On garde encore au Musée de cette ville, qui fut dès l'origine, avec sa blibliothèque et son université de Pensylvanie fondée en 1745, un des centres de l'Amérique - une de ces " poupées de la mode " que l'on envoyait jusque là-bas au temps du bon roi Louis XVI. "

Hypothèse confirmée en ces termes par Madame Barbé qui écrivait à propos de l'exposition de 1900 : " Ainsi faisait-on autrefois, il y a cent cinquante et peut-être deux cents ans. Chaque mois partaient de la rue Saint-Honoré deux poupées, la petite  Pandore et la grande Pandore, celle-ci en brillante toilette, celle-là en simple déshabillé, vêtues et coiffées au ton du jour. Elles allaient en Angleterre, en  Espagne, en Italie, en Turquie. Était-on en guerre, les lignes ennemies s'ouvraient devant elles. Toutes les dames d'Europe étaient donc habillées à la française. On dit qu'une de ces  Pandore, surprise dans ses voyages, serait encore au musée de Philadelphie ".

Il existe même une lithographie intitulée " Les Fashionables ! ".( p. 118 et ci-dessus ). Je n'en ai malheureusement pas la date, elle est extraite de cette superbe bible qu'est " l'Histoire des jouets" d' Henry d'Allemagne.

Les cinq rarissimes  illustrations ci-dessus sont les seules que j'ai pu trouver, mais donnent une belle idée de ce qu' étaient les célèbres Pandore.



      Hélène BUGAT-PUJOL

Mannequin de Rose Bertin

P.S. - A la suite d'un premier envoi  de cet article, M. Samy ODIN; Directeur du Musée de la Poupée-Paris nous a écrit :
 Merci pour cette jolie page sur les Pandore. Il est vrai qu’il nous est donné  peu d’opportunités de voir à quoi ressemblaient ces ambassadrices des modes parisiennes. Je me permets, néanmoins, de vous signaler ce qui, à mon avis, est une mauvaise interprétation des mots d’Henry d’Allemagne. En évoquant le fait que ces poupées étaient faites en carton et décorées sur un seul côté, il ne décrivait pas les Pandore dont vous parlez dans votre article (qui sont en volume), mais les poupées de papier découpé, genre Psyché, qui servaient également à diffuser les dernières nouveautés des couturiers parisiens du début du XIX° siècle. Parmi ces poupées de papier, certaines ont porté le prénom de Pandore, justement par rapport à leurs plus encombrantes ancêtres des XVII et XVIII siècles.
Mille merci pour nous régaler de si intéressantes communications...."
Nous le remercions bien vivement des precision et rectification qu'il nous apporte.


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                                        18.11.06