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Nous avions été très heureux en 2004 de vous faire partager notre interêt pour le très beau livre consacré aux poupées de la Reine Victoria. .
Nous sommes heureux de remettre sous " les feux de la rampe "
ce sujet mal connu et un peu insolite.....


Victor Hugo disait d'une petite fille jouant à la poupée qu'elle satisfaisait l'instinct le plus profond de la femme. Une petite fille, en effet, indifférente aux poupées semblerait anormale comme le serait un garçon qui ne se soucierait en rien des soldats ou bâteaux.


zzzzzzzSa Majesté la Reine Victoria mourut à quatre-vingt deux ans après soixante années de règne. Elle était devenue dès l'âge de 12 ans, héritière présomptive du trône après la mort de son père. Lorsqu'elle vivait encore dans l'atmosphère très tendue du vieux château de Kensington avec ses parents, c'est-à-dire bien avant de devenir reine, la petite princesse Alexandrina - car elle s'appelait ainsi - (elle ne se fera appeler par son second prénom, Victoria, que plus tard) - , figurait en première position dans l'ordre de succession à la couronne, mais cette place de choix était constamment à la merci de la naissance d'un héritier mâle qui aurait été mieux placé. Sa mère, Victoire, et son secrétaire, l'intrigant Conroy, multiplièrent d'ailleurs les coteries, briguant le pouvoir, persuadant notamment le Parlement de la désigner comme régente, - la santé du souverain, Guillaume IV, étant précaire - , tentant et obtenant de contraindre Victoria de se soumettre à sa volonté en acceptant de demeurer sous sa tutelle de régente jusqu'à ses vingt-et-un ans, (soit trois ans encore après l'âge légal pour monter sur le trône). Recevant peu de visites, Victoria, le plus souvent seule, s'était amusée à constituer une remarquable collection de poupées.



La parution d'un article dans le "Strand Magazine" en 1893, rendant compte de celles-ci avec lesquelles Sa Majesté avait joué dans son enfance, avait éveillé une grande curiosité et beaucoup intérêt. Cela était dû, sans doute, à la personnalité même de la Reine mais aussi, certainement, à un sentiment plus profondément ancré au cœur des Britanniques, leur attachement, leur intérêt loyal aux faits et gestes de leur grande Souveraine. Enfant, la Reine Victoria s' investit dans ses poupées et joua avec elles jusqu'à l'âge de presque quatorze ans. C'étaient des petites poupées de bois qu'elle habillait souvent elle-même. Elle avait une maison dans laquelle elle pouvait les installer. La future Reine confectionnait des costumes qu'elle avait vu au théâtre ou dans la vie quotidienne. Elle y apportait un soin, une attention et une importance extrêmes.




Une preuve touchante et très intéressante en est trouvée dans ce que l'on pourrait appeler " Archives des poupées. "

Celles-ci se trouvent dans un cahier ordinaire, maintenant un peu jauni par les années, sur la couverture intérieure duquel est écrit de la main même de Sa Majesté , dans un style enfantin mais très clair: " Liste de mes poupées ".L
Suit alors d'une délicate écriture féminine le nom de chaque poupée, par qui elle a été habillée, ce qu'elle représente et qui, - quoique ceci soit parfois omis - quand la poupée est une danseuse, date et nom du ballet figurent, ce qui permet de déterminer l'époque exacte du vêtement, par exemple entre 1831 et 1833.
Des cent trente deux poupées conservées, chiffre respectable, la Reine elle-même semble en avoir habillé au moins de trente deux, la Baronne Lehzen ayant parfois aidé à quelque chose, fait qui est scrupuleusement enregistré dans ce petit cahier .


Ces poupées méritaient vraiment d'être transmises à la postérité comme un exemple de patience , d'ingéniosité et du savoir faire exquis d'une Princesse de douze ans.LL
Ce ne sont pas ce qu'il est convenu d'appeler de " belles poupées ". Pas de peausseries fines, de biscuit très pur, de mécanismes compliqués. Au contraire, c'était semble-t-il des poupées toutes simples qu'on pouvait acheter pour quelques sous dans n'importe quel bazar. A l'époque, Les belles poupée n'étaient pas faciles à obtenir mais il est aussi possible que la jeune Princesse ait préféré ces drôles de petites créatures en bois, les trouvant plus appropriées pour la représentation de personnages historiques et théâtraux, peut-être... En tout cas, elles composent la collection entière . Ce sont de petites marionnettes parfaitement articulées aux genoux, aux cuisses, aux coudes et aux épaules, capables d'exécuter tout geste ou d'avoir toute attitude..


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C'est vrai qu'elles ne sont pas esthétiquement belles. Visage de type allemand avec parfois un menton en galoche, un nez un peu trop droit.... les expressions sont très variées ; mais, à l'exception de la hauteur, qui va de trois à neuf pouces, elles sont toutes semblables
LLLL Et si les plaisirs de l'imagination, de la création et de la réalisation sont délicieux chez l'enfant, la fabrication des vêtements de ces 32 petites poupées fut un travail particulièrement ingénieux pour une si jeune enfant. Il n'y a aucun doute que la Princesse a éprouvé beaucoup de pur bonheur avec sa vaste famille de bois. On trouve un mélange très touchant de petite enfance et de maturité dans leurs petits visages.!



Et ce en raison même de la combinaison des petits nez pointus et des joues brillantes et vermillonnées, des sourcils larges ; bien séparées sur chaque tempe, sont peintes des frisettes très élaborées vieillottes et grisâtres alors que le reste des cheveux, d'un noir profond est relevé par un peigne jaune, minuscule, perché sur le haut de la tête.
LLLL Tout le luxe était dans les costumes ! Les vêtements sont réalisés dans des matériaux les plus extraordinaires : soies les plus précieuses, dentelles de grand prix, petits bijoux d'un travail infiniment délicat, rien n'était trop beau pour ces demoiselles. Quant à l'ouvrière qui les habillait, tout le monde ne pouvait pas en employer une pareille !
LL Pensez !..... la future Reine elle-même ! C'était, à l'époque, des personnalités que nous dirions très "actuelles".
LLLL Elles se divisaient en grandes dames, en artistes illustres, en simples paysannes ou servantes.... Victoria leur donnait en effet l'aspect des personnages de sa parenté ou de son entourage. Parmi les grandes dames, la Comtesse de Rothesey, lady Brighton, la princesse Collovowsky etc, toutes magnifiquement vêtues avec leurs grandes robes à traînes, leurs perruques, leurs vastes chapeaux. Parmi les artistes, il y avait les célébrités de l'époque : Mademoiselle Pauline Duvernay en costume de fée, de la Belle au Bois dormant; Mademoiselle Porphyrine Brocard en simple costume de danseuse; quant à la danseuse Taglioni, si célèbre à l'époque, elle ne figure pas moins de trois fois dans des costumes différents: celui de Guillaume Tell, de la Sylphide et de la Bayadère.
LLLLL


Il y a aussi trois hommes -il n'y en a que sept ou huit dans tout la collection-, ( 1 )et quelques délicieux petits bébés, minuscules, faits de tissu, aux visages de mousseline peinte.

La maîtrise dans les robes est véritablement exquise : plis minuscules finement cousus, toutes petites poches de tabliers, le tout délicatement fini, jusqu'aux mouchoirs lilliputiens ! - d' un demi pouce - bordés de jours à fils tirés et brodés d'initiales en soie rouge ; il y a des châtelaines de perles blanches et d'or si petites qu'elles glissent en s'échappant des mains ; et on ne peut qu'être de nouveau frappé par l'adresse, l'habilité et la patience infatigable que devait posséder la jeune enfant !

La Reine Victoria a joué comme tout enfant bénéficiant d'une éducation libérale au milieu d' influences fugaces et des modes de la première partie du XIXème siècle. Mais une étude approfondie de cette enfance imaginative nous montrent les scènes qui l'ont affectée, les histoires qui l'ont enchantée, les caractères qui ont retenus sa fantaisie et ont en partie impressionné son imagination


 

Ainsi, nous trouvons dans le déroulement de cette enfance, à travers ces poupées, les qualités de sang-froid, de patience, de fermeté, de ténacité successivement montrées par la Reine Victoria dans la partie officielle de sa vie
Après le décès de son père le Roi, devenue héritière présomptive du trône, sa vieille gouvernante, la duchesse de Northumberland imagina d'utiliser ces poupées à un jeu certainement aussi amusant que la couture mais également au moins aussi utile que celui auquel elles s'étaient prêtées toutes deux jusqu'à ce jour.
 
Pour apprendre à sa royale élève le cérémonial très long et très compliqué de la cour, elle l'engagea à le répéter à l'aide de ses poupées.


C'est ainsi que tous les soirs, les poupées, pourvues de titres et de fonctions, étaient rangées sur la grande table de la salle à manger de Kensington, et la gouvernante, prenant dans sa main une poupée vêtue du manteau royal qui représentait Victoria, la promenait au milieu de tous ces personnages en faisant à chacun l'accueil auquel il avait droit. C'est ainsi que la jeune reine put, au moment de son avènement, étonner toute la cour par son aisance, et l'habilité avec laquelle elle sut, dès le premier jour, recevoir et traiter chacun selon son rang.


LLLLLL Telle est l'histoire résumée des poupées de la reine Victoria, histoire rappelée dans  l'un des plus grands journaux de Londres, " The Strand Magazine " en 1893.

LLLLL Un très beau et très rare livre que j'ai le privilège de posséder fut édité à l'époque avec l'autorisation de la reine elle-même - et corrigée par elle d'ailleurs ! - intitulé " Queen Victoria's Dolls " écrit par Frances H. Low 

Il est merveilleusement illustré par Alan Wright d'aquarelles représentant les poupées. Quelques unes d'entre elles illustrent cet article. Ce dernier doit beaucoup aussi à l'année 1893 de " Mon Journal ", à l'année 1901 toujours de " Mon Journal " dont Madame Annie Porot m'a fourni la matière et au magazine " Doll News " édité par l'U.F.D.C.en Automne 2003- Article de Martha M. Martin-. C'est aussi l'Histoire et ses cheminements. Mais Victoria, qui aima ses poupées, fut également une jeune femme accomplie et sensible comme nous le sommes nous-mêmes aux fêtes familiales et carillonnées. Ainsi, introduisit-elle la tradition de l'arbre de Noël au Royaume-Uni, faisant dresser un beau sapin chaque année dans son palais.

" On parle encore dans l'Histoire du temps où la reine Berthe filait. Peut-être, dans plusieurs centaines d'années parlera-t-on aussi du temps où la Reine Victoria habillait ses poupées. "

 

Hélène BUGAT-PUJOL

 

 

( 1 ) " Il y a bien aussi quelques poupées qui sont des messieurs ; mais nous n'en parlerons pas car nous n'aimons pas les poupées à moustaches ! " ( Mon Journal 1893 )








L'interet de la famille royale  pour les poupées viendrait-il

de  celui manifesté par  la jeune reine Victoria ?
Voici une photo prise en 1930  de la Reine Mary


 
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